Rente de Chamerey

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille
Accueil Protection des sentiers

Protégeons les sentiers

Depuis le mois de février 2009, nous sommes inquiets de ne plus pouvoir circuler librement sur les chemins et les sentiers environnants, alors même que certains existent depuis des siècles. Liens immuables entre les communes de Velars-sur-Ouche, Flavignerot ou Corcelles-les-Monts, de Clémencey, Fleurey, Fixin, Brochon, Urcy ou Gevrey-Chambertin.

Depuis des siècles, ils ont été arpentés par les villageois et les habitants de rentes distantes de quelques kilomètres : la rente Neuve, les rentes Lamartine, des Ecotois, du Fays, des Bons Pasteurs ou de Chamerey, les fermes du Leuzeu, de la Reppe et de la Fortelle…

panneau 

Depuis 1982, nous nous engageons à rénover et à entretenir la rente de Chamerey dans le but d’en faire un point de chute idéal pour les grands randonneurs comme pour les promeneurs de passage. Parcourir les chemins qui mènent à la rente, c’est aussi côtoyer les pans de son histoire, un héritage précieux enfoui au fond des bois. Traversant des hectares de forêts ou de friches, ils permettaient notamment les échanges de services. Sur les traces du bourrelier, du maréchal-ferrant et des charbonniers (nous pouvons apercevoir encore ici ou là d’anciennes cuves abandonnées, signes d’une intense activité au siècle dernier), nous les empruntons aujourd’hui pour randonner et profiter, en toute saison, de la richesse d’une nature abondante.

1980

Nous avons aussi la joie d’entendre certains habitants nous confier des souvenirs. Mme Michéa est arrivée en 1924 à Chamerey, alors âgée de trois ans. Elle a vécu pendant quatorze ans avec sa famille dans ce lieu isolé. Elle ne manque pas d’anecdotes pour dire combien ces chemins étaient pratiqués pour entretenir la vie et le contact humain.
Plus tard, en 1938, ce sont ses cousines Marguerite et Marie Agnès (80 ans et 90 ans en 2010) qui sont venues de Suisse habiter Chamerey, après avoir perdu leur maman. Elles n’ont pas oublié cette période difficile ; malgré la guerre et l’isolement, leur père élevait seul ses huit enfants. 

Ces chemins, elles les ont arpentés bien souvent. Elles racontent ces dimanches après-midi, lorsqu’elles se rendaient à Flavignerot pour aller danser. Imaginez aussi, rejoindre chaque matin l’école de Clémencey par un sentier à travers bois (2,5km), ou encore l’église de Fixin le dimanche matin, en traversant toujours les friches, les champs et les bois par les chemins de la commune (5km). C’était encore l’époque du troc et des échanges entre les fermes reculées et les villages. Parfois, leur papa descendait vendre quelques produits de la ferme pour assurer la survie de la famille. N’oublions pas les commis de passage, qui s’arrêtaient quelques jours pour échanger un abri, un peu de nourriture et de chaleur, contre du travail aux champs.

En les écoutant, on comprend mieux ce que pouvaient représenter ces chemins à l’époque où l’on ne parlait ni de téléphonie mobile ni d’internet ; des passerelles, des liens physiques et sociaux qui permettaient aux fermes isolées de rester en « connexion » les unes aux autres. Ils permettaient de combler une solitude pesante.

« L’Eugène » de Flavignerot nous confiait, au début des années quatre- vingt, la dureté de la vie à la rente des Ecotois dans les années trente. Lui aussi aimait donner des détails que M. Geoffroy a su préserver en réalisant un film documentaire pour France3, permettant ainsi de graver cette mémoire. Il reste aujourd'hui un sentier bien compromis qui a été dédié à sa mémoire.

eugene

Encore aujourd’hui, les habitants des villages concernés racontent comment ils rejoignaient, chaque 2 juillet, la montagne d’Etang (Velars-sur-Ouche), à l’occasion du traditionnel pèlerinage. Plusieurs processions fourmillaient à travers bois jusqu'au sommet pour se retrouver au lieu dit « Notre Dame d’Etang » afin d'y célébrer la messe.

Ces chemins sont donc partie intégrante de notre histoire locale, et ils restent aujourd’hui un trait d’union entre différentes époques. Ils ont également toujours été un sujet sensible, autour duquel se crispent des tensions et des conflits.

1598    1737

 

Dernièrement, en cherchant dans les archives départementales, nous avons découvert des documents attestant de l’existence de tels conflits par le passé. Le 21 août 1734, s’ouvre au Parlement de Dijon, un procès intenté par le propriétaire de la « métairie de Chamerey », monsieur Fourneret, contre Gaspard Maillor, laboureur à Corcelles, Emiliand Gibassier, laboureur à Clémencey, et leurs valets Jean Jauclier et Jean Beuchor. Ces derniers sont alors accusés par le propriétaire d’avoir comblé un fossé à force de passer avec leurs « voitures chargées » de bois, sur le seul chemin existant. Ils avaient en effet acheté des bois à l’Evêque de Dijon, et pour « le tirage de leurs bois et de leurs fourneaux », ils se voyaient dans l’obligation d’emprunter le chemin de Chamerey, encore privé à cette époque. L’affaire fit grand bruit puisque le juge de Fixin se rendit sur place le 10 mars, puis vint enquêter un commissaire de la cour, jusqu’à ce que l’affaire soit portée devant le parlement dijonnais. « Le Sieur Fourneret » gagna son procès et les accusés furent condamnés à payer chacun cinquante livres pour dommages et intérêts.

Cet exemple est frappant tant il semble actuel. Il met en relief l’importance et l’attachement portés au droit de propriété. Aujourd’hui comme hier, l’homme veut parfois s’approprier un chemin ou un sentier, en ignorant les notions d’espace public ou d’intérêt général. Ainsi, que sont devenues les « voies de Dijon » qui reliaient Clémencey et Urcy à la capitale bourguignonne ? Au profit de qui, ces chemins jadis empruntés par tous, ont-ils disparus ? Dans le contexte actuel nous pouvons nous interroger sur la rapidité avec laquelle un propriétaire peut acquérir des dizaines de parcelles pour cumuler près de 250 hectares, et ainsi menacer la survie des chemins existants. Le droit à la propriété n’a-t-il pour seule contrainte que la puissance de l’argent ? Les risques d’une généralisation de telles situations sont réels et pour le moins préoccupants : accès aux espaces de pleine nature limités, enclavement de sites préservés, modifications du paysage au gré des installations de clôtures en fil barbelé…

Enfin, ces propriétés récemment acquises sont, pour une partie, d’anciennes friches ou des terres agricoles qui furent entièrement boisées dans les années soixante par l’Etat. Pour autant, nous ne remettons pas en cause la pratique de la chasse ; nous cohabitons avec ses pratiquants depuis 1982 et nous n’avons jamais déploré un accident. Cependant, le fait que certains pourraient chasser de juin à février est source d’une nouvelle inquiétude.

1975

En effet, chaque année passent des centaines de randonneurs, à pieds, à cheval ou à vtt. De même, plusieurs compétitions de sports de pleine nature sont organisées autour de la rente de Chamerey.

orientation

Aujourd’hui, après avoir alerté les Maires des villages environnants et les responsables d’associations sportives, nous restons solidaires du travail réalisé, et notamment des propositions émises. Nous vous invitons à rejoindre les signataires qui soutiennent le texte de proposition de loi pour « Sauver les chemins de Randonnée » d'ici comme ailleurs.

paysage

Ainsi, en répondant favorablement à cet appel, vous alerterez nos responsables politiques sur l’intérêt de défendre le caractère « public » de ces chemins, tout en respectant le droit à la propriété. La Nature est encore belle, conservons la tous ensemble. N’oublions pas que les « anciens » ont créé et entretenu la majorité de ces chemins ; faisons de même pour tous ceux qui viendront après nous.

Merci de soutenir ce projet et de diffuser à vos amis, sensibles à cette question.

Et pour signer la pétition, cliquer-ici !

Dominique et Thomas LALIRE